Le
site filmographique 2002 -
Deux
ans après Réalisation
Agnès
Varda
Agnès VARDA
2002 -
Deux ans
après
-
Réalisation Agnès Varda Avec Macha
Makeïeff, Agnès Varda Directeur photo Stéphane
Krausz, Agnès Varda - Son Agnès Varda -
Musique Georges Delerue, Joanna Bruzdowicz, Isabelle
Olivier, François Wertheimer - Montage Agnès
Varda, assistée de Laure-Alice Hervé,
Jean-Baptiste Morin, Laurent Pineau - Montage son et mixage
Christophe Baudin - Production Agnès Varda -
Production Ciné Tamaris, Canal+, C.N.D.P., CNC -
Sortie France 18-12-2002 - 1h03
Diffusé sur Canal +
L'article du Monde du 29-11-2002
: Agnès Varda, petite marchande
d'images Cette semaine, Agnès
Varda ouvre boutique. Rue Daguerre, dans le
14e arrondissement à Paris, juste en face des
bureaux de sa société de production,
Ciné-Tamaris. La boutique est là pour vendre
le DVD des Glaneurs et la glaneuse, dans la vitrine il y a
des pommes de terre, des brocs en faïence
historiés de glaneuses, des épis... mais aussi
un banc de montage numérique, et juste à
côté un ensemble composé d'un projecteur
numérique, d'un écran de 3 m de base
et... d'un canapé. "La boutique, c'est pour jouer
à la marchande, comme les enfants, et aussi pour
raccourcir les circuits : directement de l'artiste au
spectateur. Mais c'est aussi la possibilité de
continuer à travailler sur place... tu as vu ?,
avec cette machine [le banc de montage Avid] je fais
tout !" "Tout", en l'occurrence,
consiste à assembler la voix de sa fille Rosalie,
acolyte et décoratrice, la musique d'un film de
Jacques Demy et une réflexion sur la peinture de la
Renaissance, pour une série d'émissions que
lui consacre France-Culture, ou à réaliser
elle-même le petit film souhaité par Sundance
Channel pour accompagner la remise d'une récompense
à Los Angeles, un prix pour son Life Achievement
&endash; "J'ai beau savoir qu'achievement ne veut pas dire
achèvement mais accomplissement, ça fait
bizarre..." Ce qui ne lui fait pas bizarre,
c'est cette possibilité artisanale de tout faire
à la maison, y compris ce qui se traitait en
laboratoire, grâce aux nouvelles installations. Sans
se laisser arrêter par sa maladresse
revendiquée avec les nouveaux outils, Agnès
Varda sait parfaitement ce qu'elle peut attendre de
l'interpénétration des phases
d'écriture, de tournage, de montage des images et des
sons. Le "luxe" de la projection à deux pas de la
table de montage est immense pour qui a connu comme elle le
montage sur pellicule optique &endash; pour son premier long
métrage, La Pointe courte, en 1954... Le
canapé, et la promesse d'y accomplir de petits sommes
entre deux visionnages d'un travail, n'est pas le moins
utile des accessoires. Travailler à la maison,
pouvoir opérer des rapprochements et des
interférences entre ce qui d'ordinaire est
séparé &endash; "c'est ce que je fais depuis
toujours, pour moi, la vie c'est ça, et le
cinéma aussi"&endash; font partie des
possibilités qu'offre le numérique aux
artistes. "Jouer à la marchande"
aussi fait partie de la nouvelle donne : celle qui,
depuis la cassette vidéo mais de manière
démultipliée avec le boom du DVD, a, pour
utiliser un vocabulaire d'économiste,
transformé les films du statut de "service"
(immatériel) en "bien", qu'il est possible de
posséder. Un phénomène dont on est loin
encore d'avoir pris la mesure. D'autant que
cinéastes, acteurs, producteurs, chefs
opérateurs, ingénieurs du son, ne
s'étaient guère souciés de ce qui
advenait de leur travail édité en cassettes,
la vidéo restant un marché secondaire à
tous les sens du terme. DES "BONI" Il en va tout autrement avec le
DVD : le travail sur les images, la possibilité
de retrouver un montage plus proche des intentions
d'origine, les effets de sens nouveaux induits par le
chapitrage et les possibilités de circulation entre
les séquences permettent une deuxième vie pour
les uvres existantes. Le DVD est en train de devenir
partie intégrante du processus même de
création de films, qu'il faut désormais
concevoir aussi (avec le risque que cela devienne d'abord)
pour le DVD. Et puis il y a les bonus. "Moi,
je dis les boni, c'est plus latin, c'est plus joli." Pour
l'édition DVD des Glaneurs et la glaneuse, elle a
donc fait des boni... et un "super-bonus", Deux ans
après. Un véritable film, aussi
réjouissant, émouvant et stimulant que le
premier : inspirée par l'extraordinaire
courrier, truffé de messages d'admiration mais aussi
d'objets, d'imagination et d'informations, que lui ont valu
ses Glaneurs, la cinéaste invente un nouveau
patchwork où se croisent les récentes
acquisitions du petit musée de la factrice Varda, la
rencontre avec quelques-uns de ceux qui lui ont écrit
et les retrouvailles avec des protagonistes du long
métrage de 2000. Ces retrouvailles sont en
elles-mêmes passionnantes, les changements, heureux ou
malheureux, dans la situation des uns et des autres, la
possibilité d'enrichir les réflexions
suscitées par le film princeps (ainsi la
séduisante définition de la psychanalyse comme
glanage par le vigneron-analyste Jean Laplanche), la
critique du film par certains glaneurs, ou les effets de
celui-ci sur la vie des autres font partie des
enrichissements offerts par Deux ans après. De toutes
les bonnes raisons de réaliser ce film, le
désir de rendre aux personnages du premier film un
peu de ce qu'ils lui avaient donné, et surtout de
souligner que leur vie à eux continue, n'est pas la
moindre. Mais Deux ans après ne se
contente pas d'être sagement collé à
côté des Glaneurs. L'apparition de la fameuse
petite patate en forme de cur pendant le visionnage du
long métrage signale la possibilité de sortir
du déroulement du film et de bifurquer vers le
même personnage retrouvé deux ans plus
tard. Cette arborescence, qui ouvre
des possibilités immenses aux films sur DVD &endash;
en les rapprochant de la structure des jeux vidéo
&endash;, fait aussi partie du potentiel pédagogique
gigantesque de ce support. Rien d'étonnant à
ce que l'idée de ce travail soit venue à Varda
lors de séances de formation d'instituteurs à
l'enseignement du cinéma, auxquelles elle participa
en compagnie d'Alain Bergala, le responsable du volet
"cinéma" du plan "Les arts à l'école".
Et l'éducation nationale a cofinancé cette
édition, qui ouvre tant de fenêtres sur le
monde contemporain, sur le cinéma et aussi sur les
arts plastiques avec sa galerie de tableaux
commentés, voisinant avec l'instructif
résumé des dispositions légales sur le
glanage... Le chat Zgougou, figure
tutélaire du projet, a aussi droit à son
portrait. Anecdotique ? Oui... Non ! Trace d'une
relation personnalisée, à hauteur d'homme, de
femme, d'artiste et de chat, avec une technologie aux
potentialités aussi vastes. Dans son
arrière-boutique, tout en choisissant le vin pour la
soirée de lancement du film, Agnès Varda a
entrepris l'édition en DVD de l'ensemble de son
travail documentaire &endash; dont une partie ne fut jamais
accessible en cassettes &endash;, elle
réfléchit à ce qu'elle fera de ses
films de fiction, et aussi de ceux de Jacques Demy. "Toutes
ces possibilités sont tellement passionnantes,
dit-elle, que le danger est de s'y laisser entraîner,
et d'arrêter d'inventer des uvres
nouvelles." J.-M. Frodon Les glaneurs et la glaneuse.
1 DVD Ciné-Tamaris et Scérén /
CNDP (2 h 22)
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